L'Écho Ludique

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Vous trouverez ici des textes d'opinion sur le monde du jeu, topos, critiques, articles et différentes contributions des membres du groupe Facebook.

Les textes et publications de cette page constituent pas les opinions de Jeux de société Qc. Ce sont les propos des différents intervenants
Chris Quilliams

Entrevue avec Chris Quilliams

Par Steve Desrochers
Le 7 janvier 2021. Traduite de l'anglais.

Il y a de ces personnes que l'on rencontre qui me font réaliser à quel point il y a des gens géniaux dans la sphère ludique. J'ai rencontré Chris lors de la dernière édition du 12h Ludique et comme le temps me manquait, je lui ai envoyé quelques questions par écrit; pandémie oblige.
Il a travaillé comme illustrateur dans nombre de projets.
Vous voulez en apprendre d'avantage sur son travail; lisez l'article qui suit.

Chris, tu as obtenu ton diplôme en arts à l’Université du Manitoba en 1994. Une fois diplômé, comment en es-tu venu à travailler dans le domaine du jeu de société?

Il s’est écoulé pas mal de temps après ma sortie de l’université avant d’entrer dans le domaine des jeux. À ce moment-là, les jeux de style européens n’étaient pas dans ma ligne de mire et le marché était très peu développé en Amérique du nord. Même si ça avait été le cas, je ne jouais pas beaucoup. Autant que je me souvienne, l’offre de jeux n’était pas encore très variée mais j’aimais jouer à Diplomacy et Talisman au secondaire. J’ai travaillé quelques années dans d’autres domaines à la suite de mon diplôme mais, même dans ce cas, ce fût après un certain temps après la fin de l’université. Mes premiers contacts avec le domaine des jeux sont survenus pendant cette période. J’ai travaillé à des jeux de rôles pour commencer ainsi qu’un peu de travail pour des bandes dessinées (comics). Le tout a commencé par des couvertures pour le jeu de rôle Conan. En ce temps-là, les couvertures étaient sous licence de Z-Man Games qui les voulaient pour des jeux de carte. Zev Schlesinger, le fondateur et propriétaire du moment, a aimé mes illustrations et m’a engagé pour travailler sur un de ses jeux, Shadowfist. Ceci m’a apporté d’autres opportunités incluant le jeu Merchants and Marauders, qui m’a permis de faire une percée.

Quel est ton plus grand défi quand tu commences un nouveau projet ?

Mon plus grand défi dans un nouveau projet est toujours de trouver l’idée originale qui sort des sentiers battus. Je cherche toujours une image forte qui peut devenir iconique. C’est extrêmement difficile. J’ai fait assez de jeux jusqu’à maintenant qu’il devient facile de me baser sur ce que j’ai fait, de faire les choses avec lesquelles je suis confortable. J’essaie toujours d’aller plus loin, de faire de nouvelles choses et de donner une image rafraîchissante et innovatrice. Ce n’est pas une tâche facile et il y a beaucoup d’embûches sur le chemin.

Comment se passe la relation entre les principaux illustrateurs de jeux de société ? Est-ce que l’esprit de compétition est fort ?

Il y a un peu de compétition. Le domaine est plus petit que d’autres types de divertissement donc, dans une certaine mesure, je suppose que les artistes se disputent les emplois. En général, les artistes que je connais sont très amicaux entre eux et nous avons des conversations lorsque l’occasion se présente. Selon mon expérience, les artistes avec qui j’ai des échanges sont incroyablement amicaux et généreux. Ils peuvent difficilement être plus serviables. Les artistes du domaine sont très proches et ils essaient toujours de s’entraider. Il y a une belle ambiance de soutien mutuel.

Quel artiste t’inspire en ce moment ?

Oh! Il y en a plusieurs, tellement d’artistes peuvent nous influencer et nous inspirer. J’aime plusieurs illustrateurs du début du siècle comme N. C. Wyeth, Dean Corwell, Howard Pyle et Normal Rockwell. J’aime vraiment les illustrations classiques du 20e siècle! Qu’en est-il des artistes d’aujourd’hui? Je dirais Vincent Dutrait, Xavier Collette, Kwanchai Moryia, Mr Cuddington, Ian O’Toole et Andrew Bosley. Il y a tellement d’artistes extraordinaires dans le domaine que je pourrais continuer pendant longtemps.

Si tu pouvais choisir, quel serait le thème de ton prochain projet ?

Wow! J’aurais l’embarras du choix parce que j’en aime plusieurs. Le Seigneur des anneaux ou le Hobbit me viennent tout de suite à l’esprit. J’ai grandi en lisant le Hobbit. Je pense que c’est encore la meilleure histoire de fiction que j’ai lu. J’adore le genre fantastique en général. J’aime aussi l’horreur mais plus du genre classique. J’ai eu la chance de faire la couverture de Pandemic-Reigh of Cthulhu. C’était très excitant. J’ai adoré chaque minute travaillée sur celle-ci.

Quel est l’impact des échéances sur ta créativité ?

Les échéances rendent les choses difficiles. La créativité est une chose étrange. Quelquefois, la pression causée par une échéance serrée peut aider à avoir des idées imaginatives. Je suppose qu’elle peut aussi être une nuisance. Je pense que la pression est une bonne chose. Elle me permet de réfléchir un peu plus et, parfois, je suis surpris du résultat.

En général, est-ce que tu es familier avec le jeu sur lequel tu commences à travailler ?

Ça dépend. Parfois, je joue beaucoup avec le prototype. À d’autres moments, j’ai juste une description rapide du jeu. Ça dépend du temps disponible de mes amis collègues et, si moi, je suis disponible pour jouer. lol. Je suis souvent occupé à autre chose au même moment. Combien de temps est-ce que je dispose pour jouer ? Je préfère avoir une compréhension complète du monde de ce jeu avant de commencer. Ça aide à définir mon approche et vers quel style me diriger. Évidemment, la direction artistique  compte pour beaucoup.

Quelle la partie la plus plaisante de ton travail ?

J’adore réaliser et finaliser la couverture, l’étape finale. Je trouve la phase plus créative de la production de vignettes et de conception artistique est plus difficile. J’ai souvent de la difficulté avec cette étape. Je trouve la phase de rendu beaucoup plus agréable et gratifiante. Je comprends que la phase finale est beaucoup moins agréable sans une composition forte, de bonnes idées et une palette de couleurs solide. Le rendu est la partie la plus relaxante, amusante. Chaque artiste est différent, évidemment. Je suppose que j’aime surtout la coloration particulièrement lorsque l’image prend forme !

Est-ce que tu peux apporter ta touche personnelle ou préfères-tu avoir des instructions strictes ?

Absolument. Chaque projet se divise moitié, mes idées et moitié, direction artistique. La personnalité du directeur se reflète souvent dans la direction artistique. C’est très important pour l’image et l’identité du travail. J’aime également donner ma propre interprétation ou identité au tout. C’est toujours un amalgame d’idées mais, en tenant compte du directeur artistique, j’essaie de reproduire leur vision du projet avec une touche supplémentaire.

En 2010, tu as conçu la couverture de Merchants and Marauders. Elle semble être encore d’actualité et attrayante. Est-ce que tu l’apprécies encore ?

J’ai de la difficulté à croire que Merchant and Marauders date de 10 ans. LOL. Wow! Au moment de faire cette couverture, je me souviens avoir été content du résultat final. Je pense qu’elle a bien tenu le coup. Maintenant, je pense que j’ajouterais un peu de couleurs car je n’aime pas avoir trop de brun sur les couvertures, au point où je suis rendu dans ma carrière. Ça demeure un point tournant de mon parcours artistique donc elle sera toujours spéciale.

Lorsque tu travailles comme illustrateur en résidence, est-ce que tu conserves une propriété intellectuelle sur ton travail ?

Non. En tant qu’employé à temps plein dans un poste régulier, une clause de l’entente stipule que l’employeur possède les droits. Je suis heureux d’avoir un emploi à temps plein et faire partie du personnel d’illustrateurs est très gratifiant. Ça m’a permis de travailler sur quelques-uns des jeux les plus populaires de l’industrie. J’en suis très fier.

Quel est ton illustration de jeu préférée? 

Question extrêmement difficile. « On Mars » de Ian O’Toole est tellement stupéfiante. L’illustration de « Scythe » est absolument magnifique. Celle de Andrew Bosley pour « Everdell » est également magnifique, « Brass : Birmingham » par Mr Cunnington et l’illustration de Annie Stegg Gerard pour « Raccoon Tycoom » est incroyable. La couverture de Mathieu Leyessenne pour « Jamaica » a été une première. C’est le premier jeu où l’art est amené à un tel niveau et si incroyable. Je peux continuer encore longtemps. L’illustration des jeux de société a beaucoup évolué depuis que j’ai débuté. Prenez les œuvres de Kwanchai Moriya qui pourraient se retrouver dans un musée, presqu’équivalent aux beaux-arts. C’est une période très excitante maintenant que les gens prennent de nouvelles directions excitantes. En ce qui me concerne, l’illustration est aussi importante que le jeu et sa mécanique. J’ai essayé de nombreux prototypes mais ce n’est jamais la même expérience qu’avec le produit fini.

Si tu devais choisir un projet artistique qui te définit en tant qu’artiste, même si ce n’est pas lié au jeu, quel serait-il? 

Wow, c’est une question difficile. Le travail que j’ai fait pour « Conan » ne m’a peut-être pas défini comme artiste mais c’était une étape importante dans mon développement. C’est la première fois où j’ai été satisfait d’une illustration que j’ai peinte mais j’ai également fait plusieurs illustrations moins bien réussies pendant cette période. lol. Cependant, j’apprends plusieurs choses quand je fais une mauvaise couverture. Malheureusement, tout le monde peut le constater lors de la publication. J’avais beaucoup de pression parce que quelques-uns des plus grands illustrateurs ont travaillé sur le personnage de Conan. Pour moi, « Merchants and Marauders » a été une percée et a changé ma carrière puisqu’il m’a permis d’illustrer des jeux à temps plein. Ça a été un moment déterminant. Tous les jeux sur lesquels je travaille doivent être différents du précédent. Ça ressemble plus à un voyage. Le changement de style d’un jeu à l’autre a vraiment commencé avec « Merchants and Marauders ». Ce jeu m’a amené à diversifier mon style avec chaque projet. J’ai réalisé l’importance du style pour un illustrateur. Avoir à constamment changer des choses est la partie la plus dure de mon travail. Avec le temps, j’ai appris à vivre avec cette contrainte et, maintenant, je l’apprécie.

 

Un Grand merci à Chris pour le temps réservé à cette entrevue parmi tous ses projets en cours!

L’homme derrière Ludold!

Par Éric Marchand (Bre)
Le 12 Novembre 2019

De son appartement à sa petite boutique d’Anjou, Jonathan Guertin se trouve être le cœur et la tête de Ludold. La majorité des gens qui visitent sa boutique se voient surpris par autant de choix, par la grandeur et par le fonctionnement de la boutique. Il affirme que les gens s’en voient surpris par la quantité de choix lorsqu’ils entrent dans sa boutique. Homme d’affaires et amateur de jeux de société, Jonathan gère sa boutique d’une main de maître.  Entre la grande surface et la boutique en ligne, sa boutique de quartier réussit à relever le défi.

Jonathan Guertin

« Un jeu que j’adore particulièrement, les Aventuriers du Rail »

Si vous jouez avec Jonathan, il est préférable de lui laisser le Meeple bleu. « Si quelqu’un utilise les bleus … je peux penser jouer son rôle à lui plutôt que le mien. » Il préfère les mécaniques de placement d’ouvriers et, depuis cette année, les roll and write.  Carcassonne et les Aventuriers du rail sont les 2 jeux qui l’ont attiré au départ. Seul le second reste encore dans ses préférences. Lorsque vous rajoutez l’extension Pennsylvanie et Royaume-Uni, vous touchez à sa fibre entrepreneuriale. Othello, le jeu vintage qu’il affectionne particulièrement, est, selon lui, remplacé par le jeu Roll It aujourd’hui.   Dû à une très mauvaise expérience, le jeu Olympus remporte le prix du pire jeu de tous les temps. Ne lui offrez pas de jouer à Twilligth imperium ou un autre jeu de plus de 2 heures, il risque de vous rembarrer!  Joueur non collaboratif, Jonathan Guertin n’aime pas les jeux coop et d’investigation.

Meeples Bleus

« Line up de la mort »

Les jeux de société passionnent Jonathan depuis très longtemps et ne représentent pas qu’un gagne-pain.   Jonathan s’adapte un peu à tout ce qui arrive. Au début, il organisa des soirées de jeux chez lui. Très vite, un «line up de la mort» s’installa dans ses événements.  Avec plus de 1200 jeux dans sa ludothèque personnelle, il commença à faire la location de jeux de société afin qu’ils soient plus régulièrement utilisés. Pour lui, un jeu qui prend la poussière n’est pas écologique. Les clients voulurent acheter les jeux qu’ils louèrent.  N’ayant pas de boutique, il référa ses clients autre part. Sa boutique en ligne ne lui apporta pas pleine satisfaction. La boutique physique, elle, rendit possible de rencontrer les gens et faire des soirées de jeux les vendredis.  Lors des premières soirées du vendredi, il laissa les gens choisir et, souvent, les gros jeux sortirent.  Les nouveautés de la boutique restèrent sur les tablettes. Pour pallier à ce phénomène, il commença à organiser un peu plus les soirées. Désormais Jonathan choisit une certaine quantité de nouveautés de la catégorie familiale plus et demande à son animateur de les apprendre pour pouvoir les enseigner aux joueurs du vendredi. Il augmente le nombre de jours ouvrables à 6 jours par semaine afin de permettre un meilleur service aux clients. Cette année, pour le temps des fêtes, il compte ouvrir ses portes tous les jours. Il offre la chance aux clients de pouvoir visionner des vidéos ou consulter des critiques sur un ordinateur de la boutique.

Ludold

« Quand il y a des défis j’aime ça, mais j’aime aussi les moments tranquilles »

Jumelant un boulot de cartographe à ses affaires ludiques, Jonathan n’a pas beaucoup de temps pour une vie amoureuse. À 38 ans et avec autant de travail, une bonne santé est de mise et on doit se garder un peu de temps pour ne pas s’épuiser. Si vous passez devant la boutique un lundi, jour de commande chez Ludold, vous apercevrez son propriétaire toujours occupé malgré le congé hebdomadaire.

« J’ai des partis pris pour certains événements… si j’ai participé depuis l’An 1, je poursuis »

Vous avez probablement rencontré Jonathan au 12h ludique ou au Salon du jeu de société de Montréal où il tient un kiosque depuis l’An 1. Seule exception, l’édition 2018, où les organisateurs l’ont invité pour qu’il y loue ses jeux par leur entremise. Il détient, souvent, l’un des emplacements qui possède le plus de jeux.

Ludold - Jeux

Comment choisir les bons jeux?

Ludold possède l’un des plus grands inventaires de jeux différents, tant en français qu’en anglais pour une boutique.  Afin de bien sélectionner les produits, Jonathan utilise les vidéos Youtube des influenceurs du domaine de même que le Game Trade Magazine qui décrit les nouveautés du mois offertes par les différents distributeurs. Le plus facile, c’est la demande de clients pour certains produits spécifiques. En ce qui concerne les plateformes de sociofinancement comme Kickstarter, Jonathan préfère utiliser certains distributeurs qui lui permettent d’avoir accès aux produits de ces plateformes sans geler un capital sur une longue période.

Avec son grand inventaire de jeux neufs et de jeux usagés, Ludold se situe entre le magasin de grande surface et les bas prix de la boutique en ligne.  Jonathan demeure une référence dans le domaine avec sa petite boutique du quartier d’Anjou. Lors du Salon du jeu de société de Montréal, vous ne pourrez pas le manquer avec son kiosque de 100 pieds carrés. Entrepreneur et passionné, il a su s’adapter au marché qui est en pleine effervescence.

 

Professeur Boardgame, plus qu’une chaîne Youtube

Par Éric Marchand (Bre)
Le 20 octobre 2019

La majorité de la population ludique québécoise et même francophone connait très bien ce visage de l’industrie.  Que ce soit en cherchant une règle en format vidéo, une critique ou des informations sur les nouveautés de l’heure, la chaîne Professeur Boardgame s’avère un incontournable dans le domaine du jeu de société.  Avec plus de 6000 membres et près de 585 000 visionnements, David Couto ne s’attendait pas à ça lorsqu’il fonda sa chaîne Youtube il y a déjà plus de 3 ans.  L’influenceur de Sorel-Tracy se classe dans le top 10 mondial des influenceurs francophones du jeu de société.

« Ce n’est pas quelque chose à laquelle je pensais avant.  Moi, je fais mes vidéos dans ma cave… On n’a pas conscience de la portée que l’on a sur les gens… Maintenant, lorsque je fais une «review» ou une critique de jeu, on dirait qu’il faut je réfléchisse un peu plus à ce que je vais dire… »

David Couto
Sinister 6

« Il vaut mieux un petit paquet de cartes, qu’un petit paquet de pot »

Vers 10-12 ans il commence à jouer à Magic The Gatering.  « Il vaut mieux un petit paquet de cartes, qu’un petit paquet de pot ».  Célibataire de 36 ans, David n’est pas sûr s’il veut des enfants. Ses parents sont d’origine portugaise mais lui ne parle pas cette langue.  Étant joueur de Donjons et dragons autrefois, il aime beaucoup les jeux Dungeon crawler tel Gloomhaven.  Ses mécaniques de jeux préférées? Les coop et les deckbuilding.  Si vous jouez avec David, il sautera sur le meeple orange.  Joueur polyvalent, David peut aussi bien jouer avec des joueurs occasionnels que des joueurs expérimentés.  Il ajustera son niveau de jeu aux gens avec qui il joue.  Par exemple, dans un jeu coop, il laissera les néophytes diriger la partie pour leur permettre d’avoir une meilleure expérience de jeu.  Jules, L.P., Patrice et Alexandre sont les joueurs avec qui il partage le plus souvent la table.

Il préfère payer un peu plus cher pour ses jeux dans sa boutique préférée que d’acheter en ligne.  Selon lui, le pire jeu de tous les temps, autre que le Monopoly, est un jeu plutôt récent, Sinister six de la bannière Marvel’s.  « C’est vraiment mauvais, ce n’est vraiment pas bon ».  Il s’agit d’un jeu semi-coop, et les règles font qu’au dernier tour, si un joueur n’a pas suffisamment de points pour gagner il peut faire en sorte que tous perdent la partie.

Pour lui, les expansions ne sont pas trop utiles car il ne joue pas suffisamment à un jeu pour en avoir besoin.  Un jeu selon lui qui a vraiment besoin des extensions est le jeu Castle Panic, trop facile sans les ajouts.

« Si tu n’aimes pas enseigner et que tu continues à le faire, il faut que tu arrêtes »

Ce n’est un mystère pour personne, le système scolaire au Québec est rudement mis à l’épreuve, tant par la pénurie de main d’œuvre, le manque de suppléants, la fatigue ou les élèves difficiles. Ces difficultés ne l’empêchent pas d’aimer son métier d’enseignant des sciences au secondaire.

Il introduit le jeu Just one à l’intérieur de son cours pour faire une révision de la matière.

Il fait venir en avant 7 élèves avec des cartons et leur donne un mot, par exemple, électron. Les élèves écrivent leur indice sur le carton, se consultent ensuite pour retirer les mots identiques et donnent les indices au reste de la classe afin de leur faire deviner la réponse.

Just One
Mental Blocks

Prochainement il compte utiliser le jeu Mental Blocks dans son cours de sciences.  Ce jeu de perspectives se prête bien à la matière enseignée.  Dans Mental Blocks, chaque joueur reçoit une carte qui représente une perspective de la forme.  Les joueurs doivent décrire la forme représentée sur la carte afin de permettre à un autre joueur de fabriquer celle-ci.  En introduisant des jeux de société dans son travail, David doit de temps à autre faire face à de drôles de regards de ses collègues, mais il croit que, de cette manière, les élèves auront le goût de revenir dans son cours et par le fait même, de demeurer sur les bancs d’école au lieu de décrocher.

« Je me suis fait avoir par mes sentiments »

Kickstarter est une plateforme originalement dédiée aux créateurs afin de réaliser des projets qui ne verraient pas le jour autrement. Le jeu de société représente l’un des plus gros revenus de cette plateforme.  Selon David, certaines compagnies utilisent celle-ci à d’autres fins, principalement des entreprises qui offrent des jeux de figurines comme C’MON.  Elles utilisent la plateforme pour faire une prévente même si elles n’ont pas besoin de financement.  Elles offrent tout de même de belles exclusivités parmi leurs nombreux « stretch goal ».

D’autres créateurs, tel que Keith Matejka, ont réussi, grâce à la plateforme Kickstarter, à créer leur propre maison d’édition de jeux de société.  Celui-ci lança initialement Roll player, qui sera financé à la hauteur de 50 859$. À la suite des critiques élogieuses d’influenceurs et de joueurs, il lance la campagne pour l’extension qui rapportera près de 352 820$.  C’est avec ces fonds qu’il pourra financer la réimpression et l’impression de l’extension, de même que sa maison d’édition et l’embauche de quelques personnes. De telles histoires démontrent bien pour Prof Boardgames l’utilité que peut avoir une plateforme comme Kickstater.

Récemment, c’est la campagne Nouvelle-France qui a alimenté les discussions. Tout au long de celle-ci, David se montrait attentif et a craint un temps pour sa réussite.  Il est agréablement surpris de son financement et s’en voit ravi.

Roll player
Ghost Busters

Le premier jeu de figurines que le prof a financé sur Kickstarter était si mauvais que maintenant, il vérifie minutieusement chaque aspect d’un jeu avant de le supporter.  À son avis, Ghostbusters the boardgame ressemble à Zombicide, mais en moins bon. « Je me suis fait avoir par les sentiments ».  Lui et son frère écoutaient ce film étant jeunes et ce, religieusement.  Cela l’a conduit à choisir de supporter le jeu.  Il avoue préférer les éditeurs conventionnels qui lui proposent régulièrement des jeux pour sa chaîne Youtube.

Le feu des 3ans

Le 20 mars 2019 s’est tenu le party des 3 ans de la chaîne Youtube Professeur Boardgame au Café St-Thomas de Sorel-Tracy.  Cet endroit est particulier puisque David et ses collègues de la chaîne le fréquentent régulièrement et y tiennent leurs événements.  L’endroit est parfait pour jouer à des jeux, offrant plus de 100 sortes de bières et une ambiance calme. Dans la soirée, ils font tirer des prix et les participants s’amusent.  Ce que personne ne pouvait soupçonner arriva : le feu emporta l’endroit dès le lendemain.

Dernièrement, l’équipe de professeur Boardgame s’est rassemblée à Contrecoeur, au Café Bistro l’Églantier où ils comptent retourner probablement sur une base mensuelle.  Dans ces événements, les petits jeux de style « filer » sont souvent à l’honneur.

D’autres événements destinés aux joueurs aguerris ont lieu à la boutique de son principal commanditaire, Dice Owl. David a alors l’occasion de pouvoir expliquer des jeux plus complexes, tel que Edge of Darkness.

« The Frenchies »

Cette année le Professeur Boardgame et son équipe se sont déplacés dans plusieurs événements. Vous les voyez au 12h Ludique, au Délirium Ludique, au Salon du Jeu de Société de Montréal, au Gencon et à son propre événement, les Meeplelympiades. L’édition de cette année fût encore un succès, au point qu’un changement de salle est envisagé afin d’en augmenter l’ampleur.  Cette compétition, rodée au quart de tour et à but non-lucratif attire une centaine de joueurs chaque année.

Après 3 ans au Gencon, David est surnommé par plusieurs « the Frenchies» puisqu’il est l’un des seuls influenceurs francophones à fréquenter cet événement. Avant cette convention, il vérifie les jeux que les éditeurs amèneront.  Il se prépare un « kit média » qu’il pourra présenter au kiosque pour obtenir des jeux.  De temps à autre, il rencontre des éditeurs francophones qui sont contents de parler leur langue avec lui. C’est d’ailleurs lors du Gencon qu’il rencontra l’auteur du jeu Roll Player. Lors de l’édition 2019, il aura réalisé 16 entrevues et 1 vlog.

Meeplelympiades
Professeur BoardGame

Réaliser une vidéo de Professeur Boardgame

Pour réaliser une vidéo sur Youtube, David doit mettre plusieurs heures de préparation. Lorsqu’il débuta, il n’avait rien.  L’un de ses amis photographe lui conseilla la caméra Canon T5I. Pour le montage, il opta pour le programme Adobe Premier.  Il fit composer la musique par d’autres amis.  Pour lui, la conception de ses vidéos se fait en 4 étapes qui lui prennent un minimum de 4 à 6 heures.

Il commence par relire les règlements du jeu et par réorganiser les règles pour qu’elles soient plus faciles à assimiler (30 minutes). Il installe ensuite le jeu sur la table de tournage qui a été réalisée par son père et qui est splendide (mon humble opinion!) et procède au tournage qui dure de 90 à 180 minutes (jusqu’à 360 minutes dans le cas du jeu Root). Après le tournage vient le montage (45minutes à 1 heure) suivi de la mise en ligne.  Il téléverse la vidéo vers Youtube, remplit les infos, publie sur Facebook, Instagram, Twiter, BGG, myludo.fr et envoie un courriel à l’éditeur (1 heure).

 « Je ne pense pas que [les maisons d’édition] se fient à ce que nous on pense »

Depuis quelques temps, dans l’industrie du jeu de société, certaines compagnies, comme Asmodee Edition, rachètent des gros noms comme Days of Wonder et Fantasy Fligth Games. David pense que ça aidera le marché à offrir de meilleurs jeux, puisque les compagnies comme Asmodee possèdent des départements de création et de contrôle de la qualité qui permettent la sortie de jeux mieux ficelés et plus solides.

Asmodee
Mech VS Minions

Avec plus de 5000 nouvelles sorties de jeux par année, les compagnies d’édition de jeux doivent faire un tri et envoient aux influenceurs comme le professeur Boardgame une liste de jeux dans laquelle ils sélectionnent ceux sur lesquels ils veulent faire une vidéo.  Depuis 2019, l’influence de David lui a permis d’avoir une deuxième copie des jeux qu’il présente. Il en profite pour organiser un concours hebdomadaire sur sa chaîne Youtube.

Il ne pense pas que les influenceurs comme lui aient vraiment un impact sur l’orientation des maisons d’édition et des distributeurs, sauf dans certains cas, comme lorsque Tom Vassel et d’autres influenceurs anglophones ont participé au processus de création du jeu Mechs vs Minions, à la demande de l’éditeur.

Un Boardgame Presque Parfait

David et ses collègues ont lancé en 2018 le Patreon du Prof Boardgame.  Patreon est une plateforme semblable à Kickstarter, qui permet un financement mensuel plutôt que par projet. C’est ainsi qu’il finance le Top 100 de tous les temps.  Dernièrement, son patreon a atteint 400$/mois.  Comme sur Kickstarter, Patreon offre la possibilité d’insérer des objectifs appelé stretch goal.  Ainsi, Lorsque son patreon atteindra 600$/mois, il aimerait aller à Canne pour faire des entrevues avec des membres de la communauté ludique française.

À la fin du mois d’octobre, vous aurez le plaisir d’entendre le podcast de Professeur Boardgame : un Boardgame Presque Parfait. Des amis se réunissent pour jouer à un jeu (Everdell avec l’expansion Pearlbrook pour le premier épisode).  L’enregistrement du podcast débute après le jeu. Dans la première portion, chacun des joueurs viendra discuter d’un jeu, d’un événement, d’une annonce ou d’une actualité ludique.  Pour la deuxième partie du podcast, les joueurs discutent entre eux du jeu, de ce qu’ils en ont pensé.

Il ne reste que la musique à enregistrer!  Tout comme pour les vidéos de Professeur Boardgame, David fait affaire avec le groupe de musique de son grand ami Jules, Cité Rock ta Mère, qui créera une nouvelle œuvre pour son podcast.

Podcast
Professeur Board Game

Le portrait d’une chaine, d’un homme, d’un influenceur qui fait sa place dans l’univers ludique québécois et européen, vous permet de mieux le connaitre.  Canne et Essen sont ses objectifs à moyen terme.  Vous pourrez le voir au salon du jeu de société de Montréal avec sa camérawoman. Si vous l’abordez, n’oubliez pas que, même s’il est gêné de nature, ça lui fera plaisir de discuter avec vous!

 

 

Le Syndrome de la comparaison

Par Steve Desrochers (Kiwi)
Le 6 octobre 2019

Vous êtes prêts. Les conditions idéales sont réunies; le nombre de joueurs recommandé, le temps nécessaire largement disponible et une rare copie du jeu tant prisé. Enfin, vous pouvez essayer la nouvelle tendance du moment dont tout le monde vous parle.

Vous déterminez un premier joueur puis la partie commence. Vous comprenez l’implication de chacune de vos actions, planifiez mentalement vos prochains tours, élaborez une stratégie. Le jeu est solide, les mécaniques s’imbriquent parfaitement, le thème fait du sens. Les tours se succèdent lentement puis soudainement, ça y est!

Votre esprit d’analyse se met de la partie. C’est à ce moment que tout votre bagage ludique pèse sur vos épaules. Vous vous dites; «Oui, mais cette mécanique est mieux exploitée dans ce jeu auquel j’ai déjà joué il y a quelques temps… » Le thème est bien, mais ils auraient pu le modeler pour qu’il diffère des autres thèmes similaires. Le jeu serait beaucoup plus efficace sans cette règle. Cette composante nuit à l’expérience de jeu. Il y a peu d’innovations, au final. La durée de jeu est légèrement trop courte…

Le syndrome de la comparaison! Pourtant, ce jeu mérite d’être apprécié. Probablement que sans le poids de tous ces jeux auxquels vous avez joué, vous auriez profité et apprécié d’avantage le moment. Et hop, la partie est déjà terminée. Un nuage de comparaisons fait de l’ombre à votre expérience. Je me demande si toute cette connaissance ne nuit pas au plaisir de jouer. Certains diront que leurs goûts se raffinent avec le temps. Je crois plutôt que tout cela devient une quête à la recherche de cette nouvelle saveur bien propre à un jeu qui ne réveille aucun de vos souvenirs ludiques. Une quête dont l’objectif devient, avec le temps, de plus en plus dur à atteindre.

On me demande souvent mon jeu préféré, pour moi, c’est d’essayer un nouveau jeu. Personnellement je tente de ramener les parties auxquelles je joue à l’essentiel : Est-ce que j’ai du plaisir à y jouer ou non. Éviter cette spirale est un combat de chaque instant.

Et puis, nouveau jeu ne veut pas toujours dire meilleur jeu ! Revisitez vos vieux classiques rangés dans les kallax* de votre mémoire qui dorment sous la poussière. Peut-être allez-vous redécouvrir des jeux qui méritent d’être rejoués !

Pour ceux qui me connaissent bien, même si j’ai mes classiques préférés, c’est un principe que je tenterai d’appliquer lorsque j’aurai essayé tous les jeux auxquels je n’ai pas encore consacré de temps et qui encombrent ma maison…

*Kallax; collection de meubles de rangements suédois utilisée par les collectionneurs de jeux de société, vendue par Ikea.
Syndrome de la comparaison

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